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Monday, 26 September 2022

Perdu ou donné?

Occasionnellement, je me rends à un rendez-vous et la personne que je devais rencontrer a eu un empêchement ou a tout simplement oublié et n’est pas disponible ou absente. Pour plusieurs, des occasions comme celle-là sont frustrantes. J’ai souvent entendu des personnes dire dans ces situations-là, « J’ai perdu mon temps. »  

En toute honnêteté, ce n’est jamais ma réaction. Quand je rends visite à quelqu’un ou que je me déplace pour une rencontre, j’ai déjà pris la décision de donner mon temps à cette personne ou à l’objectif de la rencontre. Si la personne n’est pas là ou pas disponible, ou encore si la rencontre est annulée je ne perds rien. Je ne peux pas perdre ce qui ne m’appartient plus – le temps déjà donné. Au contraire, je reçois en cadeau du temps dont je ne comptais plus disposer. Quelle bénédiction!

Sunday, 26 June 2022

Abandon

Il y a toute la différence du monde entre « abandonner » et « s’abandonner ».

Quand j’abandonne, je m’admets tout simplement incapable d’atteindre le but, quel qu’il soit. Le point de mire est mon ego, ma capacité d’accomplir, ma volonté de réussir. Quand j’abandonne, je m’admets vaincu, je me reconnais « rendu au bout de mon rouleau ». Je suis alors le lutteur qui sort de l’arène tête baissée et humilié. Abandonner m’isole, me plonge dans une solitude que je n’ai pas choisie et qui m’écrase. L’abandon a un goût de finalité, un goût de mort.

Quand je m’abandonne, j’entre dans une réalité tout autre. Je ne suis plus centré sur moi-même. M’abandonner implique que je me remets entre les mains d’un autre que moi-même, qu’il y a un vis-à-vis en qui j’ai confiance. Ce genre d’abandon n’est pas une admission de faiblesse, ni une perte de moi-même. C’est reconnaitre que je ne suis pas seul à porter mon fardeau. C’est croire que, quand je consens à déposer ma vie, je ne la perds pas mais qu’il y a quelqu’un pour l’accueillir comme un don précieux. M’abandonner est le geste le plus libre que je puisse poser. C’est ce qui m’ouvre un passage vers une vie en plénitude.  

« Entre tes mains je remets mon esprit. » Luc 23,46

Saturday, 6 November 2021

Illusion optique

Je me dirigeais vers la porte qui mène du couloir intérieur au garage dans notre édifice à condo l’autre jour quand la porte s’est ouverte et un résident est entré. Je voyais dans ses yeux et dans son petit mouvement de recul que je l’avais surpris et qu’il se sentait inconfortable. Il s’est empressé de m’expliquer qu’il avait perdu son masque et de s’excuser de ne pas en porter. Je n’avais même pas remarqué qu’il ne portait pas le masque réglementaire.

Cet homme était tellement préoccupé par la perte de son masque et du « délit » bien accidentel qu’il commettait en entrant dans l’édifice à découvert, qu’il a vu dans mon regard une accusation quand il n’y en avait pas du tout. Son malaise avait coloré et faussé sa perception de la réalité. Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander combien souvent je faisais cela moi aussi.

Wednesday, 3 March 2021

Connaissance et sagesse

La connaissance s’acquiert en creusant de plus en plus profondément pour trouver l’eau qui se trouve au fond du puits; la sagesse est donnée à celui qui sait attendre patiemment que la source d’eau se fraie un chemin vers la surface. La connaissance cherche à saisir et à dompter ce qui l’entoure; la sagesse se laisse saisir et apprivoiser par tout ce qui vient à sa rencontre. La connaissance naît de paroles qui définissent, analysent, expliquent, réfutent ou approuvent; la sagesse est le fruit de  l'accueil d’une Parole silencieuse qui donne vie et transforme. Nous possédons des connaissances; nous sommes visités et habités par la sagesse. La connaissance est bonne, très bonne, quand elle se met au service de la sagesse.

Tuesday, 12 January 2021

Un monde in-sensé

Nous étions installés à table chez ma fille et le souper n’était pas tout à fait prêt. Les enfants étaient un peu agités et Marie-Claude, pour les calmer, a dit, « Demandez à grand-papa de vous raconter une histoire. » C’est ce qu’ils ont fait. Katherine aime beaucoup les constructions Lego et la salle où elle garde les pièces pour les construire est rempli de celles-ci. J’ai donc pensé inventer une histoire à propos de pièces de Lego qui se rebellent contre leur maître parce qu’elles veulent être libres. J’ai à peine eu le temps de commencer l’histoire que Katherine qui, à onze ans, possède déjà des qualités d’actrice, m’a interrompu en affichant un air indigné: « Je ne veux pas entendre parler de Lego qui se rebellent. »

Elle plaisantait évidemment, mais il y avait certainement une part d’authenticité dans cette indignation. Pour elle, les pièces de Lego n’existent pas individuellement. Même si elles sont pour l’instant isolés, sans connexion avec les autres pièces, Katherine les voit déjà comme partie d’un tout; elles existent en vue des projets que Katherine pourrait créer. Une pièce de Lego qui refuse de faire partie de ces constructions et fomente une rébellion ne peut pas exister dans un monde sensé.

Si une enfant de onze ans sait déjà instinctivement que les individus font partie d’un tout et que se rebeller contre cette réalité est un non-sens, comment se fait-il qu’il y ait tant d’adultes qui pensent qu’ils peuvent faire à leur tête sans se soucier du bien commun. Ne comprennent-ils pas qu’ils sont alors « in-sensés ».

Friday, 27 November 2020

La meilleure façon de vaincre un "ennemi"

Le quartier dans lequel j’ai habité entre l’âge de cinq ans et seize ans était un quartier très pauvre.

Nous étions neuf dans notre petit bungalow qui n’avait que deux chambres à coucher dont l’une était si petite qu’il n’y avait de la place que pour un lit superposé et un petit bureau. Le salon, la salle à dîner et le solarium servaient donc tous de chambres à coucher pour les enfants. Les devoirs se faisaient sur un coin de table dans la cuisine au milieu de tout le va et vient de la maisonnée. Été comme hiver, nous passions notre temps à l’extérieur de la maison autant que possible. Le tout petit terrain de notre propriété, les quatre rues du quartier, les champs de fermes environnants et la forêt au-delà de ceux-ci constituaient notre grand terrain de jeu. 

Je ne savais pas que nous étions « pauvres ». Nos voisins d’à côté vivaient dans un ancien poulailler converti en logis. Ils étaient 11 à vivre dans moins d’espace que nous en avions. Les pauvres, c’étaient eux.

Nous devions prendre l’autobus scolaire pour aller à l’école ou marcher une bonne distance pour nous y rendre. Comme notre quartier était mal famé et en dehors du territoire de la ville, nous changions d’école souvent. Les écoles ne voulaient pas des jeunes de la rue Centre. Je suis allé à quatre écoles primaires différentes en sept ans.

Les « batailles » entre les jeunes du quartier étaient fréquentes et j’étais quelquefois impliqué dans celles-ci. Mon frère François m’a dit une fois que, quand je me battais, j’étais comme un enragé. Il avait probablement raison. Je me souviens d’une de ces altercations avec « Ptit Jean » qui avait la réputation d’être un batailleur féroce. Même s’il était plus petit que moi, j’avais peur de lui. Cette peur s’est transformée en rage et j’ai foncé sur lui à toute allure. Je me suis vite retrouvé par terre sur le dos. Ptit Jean s’était servi de la force de mon accélération pour me basculer par terre comme le font les amateurs de judo. Je me souviens d’avoir senti de l’admiration pour ce petit homme qui pouvait faire une chose pareille : au lieu de contrer ma force par la force, il s’était tout simplement servi de son corps comme pivot pour me projeter par terre.

Sans m’en douter à ce moment-là, cet incident a été le début d’un apprentissage qui a duré toute une vie. J’ai lentement appris que la meilleure façon de vaincre un « ennemi » - que cet ennemi soit en face de moi ou en moi - ce n’était pas de le contrer avec une force plus grande, mais de trouver un pivot pour en faire un « ami ». J’ai appris que la blessure est transformée en guérison par le pardon; qu’un cœur plein de peur s’ouvre à l’accueil s'il accepte de faire un pas de confiance; que la faiblesse devient force de vie quand elle est enveloppée de compassion…    

"Les ténèbres ne peuvent pas chasser les ténèbres; seule la lumière peut faire cela. La haine ne peut pas chasser la haine; seul l'amour peut faire cela." - Martin Luther King Jr.