Mon gendre Stephen est un grand amateur de pêche et de chasse. C’est de son père qu’il a reçu cette passion pour ces activités en pleine nature et qu’il a appris à respecter celle-ci. Il n’est pas étonnant qu’il ait voulu transmettre à ses propres enfants cette passion et ce respect. Mon petit-fils Daniel a donc appris très jeune à pêcher. Il a aussi appris que seuls les poissons d’une certaine taille étaient « bons à garder » (son père qui est anglophone employait l’expression « It’s a keeper »). Il fallait remettre à l’eau ceux qui étaient encore trop petits.
Daniel était très content quand sa petite soeur
Lena est née. Quelques jours après sa naissance, je la tenais dans mes bras et
j’ai constaté que sa couche était mouillée. Je l’ai levée au bout de mes bras en
faisant mine de l’examiner attentivement. Puis j’ai dit à Daniel, « Ce
bébé coule. Il va falloir le retourner à l’hôpital et en prendre un autre qui
ne coule pas. » L’expression de panique sur son visage m’a fait réaliser
qu’il ne comprenait pas que je plaisantais. Puisant dans son vocabulaire et son
expérience de petit bonhomme de sept ans il est aussitôt venu à la rescousse de
sa soeur : « Non grand-papa. Elle est bonne à
garder ! »
Daniel n’a pas eu besoin de ruban à
mesurer, ni de balance pour savoir que sa petite soeur était « bonne à
garder. » Il n’avait comme instrument de mesure que son cœur qui était
rempli d’amour pour cette nouvelle-née, même si elle « coulait ».
Daniel connaissait déjà le secret du renard dans Le Petit Prince :
on ne voit bien qu’avec le cœur.
Il m’a fallu bien des années pour me
laisser apprivoiser par ce secret que Dieu m’a pourtant soufflé à l’oreille de
mille façons. Malgré toutes mes imperfections et toutes mes failles, son amour
est son unique instrument de mesure quand il me regarde. C’est ce qu’il me dit
par le prophète Isaïe :
Tu es précieux à mes yeux.
Tu comptes beaucoup pour moi et moi je t'aime.
Tu es gravé sur la paume de mes mains.
Je t'ai choisi et je suis avec toi.
Et quand j’ai de la difficulté à entendre
ou à croire ces paroles, il me les répète par la bouche et dans les mots d’un
enfant :
Tu es bon à
garder !
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