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Friday, 26 May 2023

Venez les bénis de mon Père…

J’ai longtemps pensé, comme bien d’autres le font, que cette « bénédiction » du Père était une conséquence de mes « bonnes actions », une récompense en retour de services rendus. Mais cette façon de penser est évidement une fausse perception et n’était pas celle de Jésus. L’invitation qu’il lançait sans cesse à ces disciples, et qu’il nous lance encore aujourd’hui, est celle d’aimer comme lui nous a aimé.  Cet amour-là est entièrement gratuit, « no strings attached » diraient nos amis anglophones. Il ne s’achète pas, pas même avec les meilleures des « bonnes actions. » Il ne se vend pas non plus; il n’exige rien en retour de celui qui est aimé. L’amour ne se marchande pas. Mais alors, en quoi consiste cette bénédiction dont Jésus nous parle en Matthieu 25?

Quand j’ouvre mon cœur pour accueillir la personne qui est dans le besoin, quand j’accepte d’aller à sa rencontre, j’ouvre en même temps mon cœur à Jésus qui s’identifie à cette personne : « c’est à moi que vous l’avez fait. » Un cœur ouvert à l’autre est un cœur ouvert à Dieu. Quand cette ouverture se crée, Dieu peut y verser son propre amour : « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit. » (Romains 5,5) Alors seulement m’est-il possible d’aimer « comme Jésus », avec son propre amour. Cet amour me pénètre, me traverse et se déverse dans la personne que je visite. C’est ainsi que je deviens un canal de cet amour.

L’héritage qui nous est offert, le « Royaume de Dieu », ne se trouve sur aucune carte géographique. Ce Royaume est là où l’Amour règne. Ce Royaume est notre cœur habité et traversé par Dieu qui est Amour. C’est cela qui est la source de notre « bénédiction », de notre bonheur. Est béni celui ou celle en qui l'Amour demeure.

Sunday, 28 August 2022

Caring for Others

Something I read in the Globe and Mail this morning deeply saddened me. I know that people are tired of hearing and reading about the pandemic and what I am about to jot down is not what most people want to hear. I am writing this more for myself than for others. When something troubles me deeply, I feel the need to express my feelings in words. It is, in a way, a form of exorcism.

In an article entitled How much death, illness and disruption from COVID-19 infections are we willing to live with? the reporter states:

“Historically, society has considered the level of illness and death from a disease to be acceptable when those illnesses and deaths primarily affect the least advantaged, Dr. Smith said. When a disease is suppressed to a point where average members of the public no longer feel their lives are endangered, they tend to stop caring about it, even if it still threatens those who are vulnerable, he said.”  https://www.theglobeandmail.com/canada/article-how-much-death-illness-and-disruption-from-covid-19-infections-are-we/

What saddens me in this is not the fact that people have stopped caring about Covid-19. It is the question that it raises and is also implied in the last sentence: have people stopped caring about the most vulnerable? I know this is not something deliberate and calculated. We don't wake up one morning and tell ourselves, "Today, I will no longer care about others. Only myself." But there is a danger of doing that unconsciously.

I still wear a mask when I am in a setting where I can come in close contact with others. I do so because I know I am no longer young, and I am therefore among the “vulnerable”.  That, however, is not the only reason I do so. I know there are others around me and that I need to protect them as well, whether they be family members or strangers. After two and a half years of doing so, I am tired to the bones of wearing masks and being careful, but I have not yet grown tired of caring for others. I hope I never will.

Wednesday, 26 January 2022

Réchauffer les coeurs

Moins 22°C en ce moment – moins 28°C si l’on tient compte du facteur vent. En bon canadien, « Y fa fret! » Je ne peux pas m’empêcher de penser à ceux pour qui la chaleur n’est pas un acquis. Il y a, évidemment, les sans-abris. Il y a aussi les pauvres qui doivent choisir entre augmenter leur facture de chauffage ou acheter de la nourriture. Récemment, un octogénaire qui vit sur une maigre pension dans un appartement mal isolé contre le froid, me disait qu’il n’avait pas mis le chauffage depuis quatre ans. Il faut que la société tout entière soit « fret » - un froid qui rend insensible à la souffrance des autres - pour que des personnes vivent dans ce genre de situations année après année. Dans ces personnes si souvent laissées pour compte, le froid ne doit pas atteindre que le corps; l’indifférence des autres doit les pénétrer jusqu’au cœur.

Je pense aussi aux personnes malades et isolées qui n’ont personne qui vienne à leur rencontre pour leur réchauffer le cœur par leur présence. Quand Jésus m’invite à visiter ces personnes, il me demande de leur apporter un feu qui éclaire leur vie et réchauffe leur cœur.

Il y a deux façons de faire cela. Je peux venir à elles en portant une chandelle allumée. Elle n’éclaire pas beaucoup et ne dégage pas beaucoup de lumière mais cette petite flamme n’est pas négligeable. Elle me permet de voir et de reconnaître dans la personne que je visite un frère ou une sœur qui a besoin de ma présence et de ma compassion. Pour la personne visitée, la nuit et le froid perdent alors un peu de leur mordant. Il y a une autre façon de faire. Je peux être comme une bûche déposée dans un feu de foyer qui se laisse lentement consumer pour devenir elle-même feu. La chaleur et la lumière qui se dégage alors est infiniment plus grande que celle de ma petite bougie.

Quand Jésus nous invite à le visiter dans les malades et les personnes âgées, il nous invite aussi à progressivement passer de l’un à l’autre : prendre de plus en plus conscience que la petite flamme de ma chandelle ne suffit pas; ce qui est nécessaire pour vaincre le froid et les ténèbres est un brasier que seul Dieu peut allumer et nourrir. Il nous faut laisser le feu de l’amour de Dieu nous consumer pour devenir un avec le brasier qui est le seul à suffire.  

Monday, 13 December 2021

Prière d'intercession

Depuis plusieurs années, nous avons un petit groupe de prière d’intercession pour les personnes malades dans notre paroisse. Quand quelqu’un demande des prières pour elle-même ou pour un membre de sa famille, j’envoie un courriel aux personnes qui font partie de ce groupe d’intercession pour leur en faire part. Le plus souvent, quand je fais cette demande, j’utilise une petite formule : « Veuillez porter cette personne dans vos prières. » Prier pour une personne malade c’est faire ce que les quatre porteurs de brancard ont fait pour le paralytique en Marc 2, 1-12. C’est la porté et la déposer en présence de Jésus, pour que celui-ci la guérisse.

Une prière d’intercession n’est pas une recherche des bons mots pour attirer le regard de Jésus sur la personne malade ou pour le convaincre de lui accorder sa faveur. Elle n’est pas une tentative de rejoindre un Dieu un peu trop distrait ou dur d’oreille. Le brancard dont nous disposons n'est pas fait de mots pieux. Il est celui de l’amour que nous avons pour la personne malade,  « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Romains 5,5) Intercéder pour une personne malade, c’est la porter et la déposer dans cet Amour.  

Wednesday, 8 December 2021

Le vieux moine et ses disciples

Je suis en train de lire un beau petit livre de Pierre Goudreau, évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec, qui a pour titre Quand Jésus pose son regard sur moi. J'avais le goût d'en partager quelques pages avec vous:

Notre manière d'entrer en relation avec l'autre et d’être sensible à ce qu'il vit en dit long parfois sur notre capacité d'être compatissant. Ce récit en donne un exemple éloquent.

Après une longue période de vie commune, passée dans l'étude et la méditation, trois disciples avaient quitté leur vieux maître pour entreprendre leur mission dans le monde.

Au bout de dix ans, les trois disciples rentrèrent et rendirent visite å leur maître. Le vieux moine les fit asseoir autour de lui, sa santé ne lui permettant plus de se lever. Chacun se mit à raconter son expérience.

« Moi, commença le premier, avec une pointe d’orgueil dans la voix, j'ai écrit beaucoup de livres j’en ai vendu des millions d'exemplaires. »

« Tu as rempli le monde de papier », dit le maître.

« Moi, dit le second avec fierté, j'ai prêché à des milliers d'endroits. »

« Tu as rempli le monde de paroles », dit le maître.

« Moi, ajouta le troisième, je t'ai apporté ce coussin afin que tu puisses y étendre sans douleur tes jambes malades. »

« Toi, sourit le maître, toi, tu as trouvé Dieu! »

Cette histoire montre que si nous sommes centrés sur nous-même, sur nos exploits, nous ne voyons pas la fragilité de l’autre. Par contre, si nous acceptons de sortir de nous-mêmes pour nous rendre disponibles à notre prochain et pour être attentif à ses besoins, notre compassion devient un élan naturel du cœur envers lui.

Thursday, 2 December 2021

La puissance de Dieu se déploie dans ma faiblesse

Quand nous sommes revenus à Ottawa après avoir quitté Kelowna en 1999, nous nous sommes installés dans un petit bloc appartement. Nos voisins d’en bas était une jeune famille que nous aimions bien. Il y avait deux enfants dont le plus jeune, un garçon de 4 ou 5 ans, avait quelquefois l’habitude de manifester sa frustration en hurlant d’une voix stridente.

Un jour qu’il était en train de jouer dans la cour arrière, je l’ai entendu crier avec tant de force que j’étais convaincu que c’était un cri de détresse. Sans hésitation je suis sorti de chez moi à toute allure pour lui venir en aide. Quand je l’ai vu, je lui ai demandé s’il s’était fait mal. Sa mère qui, évidemment, le connaissait beaucoup mieux que moi m’a répondu, « Il n’y a pas de problème. Il est tout simplement frustré. »

Devant la souffrance d’un autre, il est normal d’instinctivement vouloir agir, venir en aide, soulager et consoler. Cela est un réflexe qui est inscrit profondément en nous. Mais que faire quand nous constatons que nous sommes impuissants à changer les choses?   

Il y a plus de trente ans j’étais bénévole pour le service de pastorale d’un centre de soins de longue durée. Je rendais visite aux résidents. Lors d’une de ces visites j’ai vu une personne avec qui j’avais travaillé quelques années auparavant. Nous avions été amis mais je ne l’avais pas revue et je n’avais pas eu des nouvelles d’elle depuis un bout de temps. Elle était émaciée. Ses bras, ses jambes et ses mains étaient tordus de façon grotesque (je sais que le mot est fort, mais c’est le mot qui décrit le mieux ma perception initiale). Je l’ai visité à plusieurs reprises dans les mois qui ont suivi. Je ne me suis jamais senti si impuissant dans une situation. Je me sentais mal quand je la voyais parce que je ne savais pas comment réagir et je me sentais coupable de ne pas savoir comment lui être plus présent. Je me souviens même d’avoir ressenti de la colère face à elle, non pas parce qu’elle l’avait provoquée, mais parce que sa condition mettait en évidence mon impuissance et je n’arrivais pas à accepter celle-ci. Malgré mon désir d’être là pour mon amie et de soulager sa souffrance, mon sentiment d’impuissance dressait parfois un mur entre moi et elle.

Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que mon impuissance devant des situations difficiles pouvait prendre un tout autre visage. Depuis quelques années, je prends de plus en plus conscience que je peux donner mon impuissance à Dieu et que c’est un cadeau qu’il accepte avec joie. Cela me libère et me permet d’accueillir plus pleinement la personne qui est devant moi telle qu’elle est et avec tout ce qu’elle vit. Cela me permet aussi de laisser Dieu agir là ou moi je ne peux pas en sachant que la puissance de Dieu se déploie dans ma faiblesse (2 Corinthiens 12,5). 

Tuesday, 7 September 2021

SASMAD - Transformation plus que formation

J’accompagne des personnes malades depuis plus de trente ans, souvent comme personne bénévole dans des paroisses, des hôpitaux, des centres de soins de longue durée ou en tant que membre d’une équipe d’accompagnateurs et d’accompagnatrices de personnes en soins palliatifs. Cela m’a donné l’occasion de suivre plusieurs formations et de participer à un grand nombre d’ateliers, de conférences et de cours pour m’aider à être plus efficace et plus à l’aise dans mon bénévolat.

La formation de base pour devenir personne bénévole SASMAD est la dernière de ces formations que j’ai suivies.  Elle était différente de toutes celles que j’avais suivi auparavant. Cette différence n’était pas au niveau des connaissances, des concepts ou des techniques – j’y ai retrouvé bien des choses que j’avais souvent entendues auparavant. Les mêmes gestes externes qui se manifestent dans toutes les formes d’accompagnement se retrouvent dans l’accompagnement SASMAD : accueil, écoute active, respect profond de l’autre, compassion, empathie, non-jugement… Une bonne bénévole de Tel-aide, par exemple, peut et devrait exprimer tout cela quand elle prend un appel téléphonique.

Ce qu’il y a de différent dans la formation SASMAD c’est qu’elle situe la rencontre de la personne bénévole avec la personne bénéficiaire au niveau du cœur profond, là où Dieu est présent. Dans cette rencontre, la personne bénévole reconnait et honore cette Présence. Et cela ne peut se faire que si la personne bénévole est consciente de cette Présence en elle-même et s’approche de l’autre animée par celle-ci.

La formation SASMAD est donc beaucoup plus que l’apprentissage de notions et de techniques pour faire de l’accompagnement. Elle est davantage transformation que formation – transformation du regard et transformation des gestes. Plus mon regard est apprivoisé et peut reconnaître la Présence de Jésus en l’autre et en moi-même, plus mon attention, mon écoute, ma compassion prennent racine dans cette Présence. Alors, de plus en plus, c’est Jésus en moi qui rencontre la personne bénéficiaire et, de plus en plus, je rencontre Jésus en elle. 

Thursday, 19 August 2021

Accompagnement spirituel et massothérapie

J’avais une session de massothérapie hier. Tout ce que j’ai dit à ma physiothérapeute avant la session était que mon ami Maxime (maximus glutamus) faisait des siennes.   Cela ne l’a pas empêché de découvrir avec acuité les autres nœuds dans mon dos et dans mon cou et de les délier avec expertise. Pendant que mon esprit vagabondait comme bon lui semblait pendant la session, l’idée m’est venue qu’une session de massothérapie était semblable à un accompagnement spirituel.

Je connais ma physiothérapeute depuis des années. J’ai confiance en elle, non seulement parce que je reconnais ses compétences techniques, mais surtout parce que je sens en elle une réelle compassion pour ses clients et un désir de leur faire du bien. Je n’ai jamais discuté avec elle de ses croyances religieuses, mais j’accueille le bien qu’elle me fait comme un cadeau qui provient, j’en suis certain, non seulement d’elle, mais aussi de Dieu, le thérapeute par excellence qui agit dans chaque thérapeute digne de ce nom. Cette confiance à deux versants m’ouvre à la guérison. C’est aussi ce qui se produit dans un accompagnement spirituel. La relation de confiance qui s’établit entre l’accompagnateur et la personne accompagnée ouvre à la Présence d’un Autre qui agit dans cette relation mais qui, en même temps, la déborde infiniment.

Ma thérapeute sait écouter en profondeur avec ses mains et en étant attentives à comment mon corps réagi pendant les traitements. Elle peut ainsi déceler non seulement ce que je lui ai dit de ce qui se passe en moi, mais aussi le non-dit que je vis. Il en va de même de l’accompagnateur spirituel qui sait écouter ce qui est dit et ce qui ne l’est pas, ce qui se passe en surface et ce qui est en mouvement dans les profondeurs du cœur de la personne accompagnée. Accompagner c’est se laisser guider par ce langage multiforme au travers lequel la personne cherche à s’ouvrir à la guérison et à la Vie.

Après une session de massothérapie, je me sens plus vivant, plus alerte et plus flexible. La vie coule plus librement en moi. C’est aussi ce que vise un accompagnement spirituel : permettre à la Vie qui est toujours à l’œuvre dans une personne de couler plus librement. La présence discrète et réconfortante de l’accompagnateur, son écoute sans jugement, son accueil inconditionnel et sa compassion tendre et gratuite facilitent un passage à l’Esprit de Dieu pour qu’il puisse enlever les entraves au mouvement de la Vie dans la personne accompagnée et permettre ainsi à la Vie de surgir en plénitude. 

Thursday, 6 May 2021

Il faut un village...

Pendant la période de convalescence après mon infarctus en 1989, j’étais conscient qu’il y avait un grand nombre de personnes à l’école où j’enseignais et dans ma paroisse qui priaient pour moi. Ma famille et mes collègues m’ont entouré de leur tendresse et m’ont soutenu. Mes étudiants ont dessiné des cartes de souhaits pour me dire qu’ils pensaient à moi. J’étais reconnaissant pour le cardiologue, les infirmières et les autres spécialistes à l’hôpital qui m’avaient sauvé la vie et qui avaient pris soin de moi. Comme c’est souvent le cas pour moi, c’est une image qui s’est formée dans ma tête pour exprimer ce que je ressentais à ce moment-là : cette multitude de personnes bienveillantes ne formait qu’un tout - ils constituaient une artère au travers lequel coulait le sang de Jésus qui m’apportait la vie. Au travers toutes ces personnes, c’est le Christ lui-même qui me guérissait.

Cette image m’a fait comprendre une chose qui, pour moi, est maintenant une évidence et primordiale: pour prendre soin des personnes les plus fragiles, les plus vulnérables, les plus faibles dans notre milieu, il ne suffit pas de quelques spécialistes, il faut l’apport de toute une communauté. Il faut que les membres du corps du Christ s’unissent pour pouvoir apporter la guérison et la vie aux plus petits et aux plus pauvres dans notre communauté.

Wednesday, 5 May 2021

Des réponses bien "raisonables"

Le dialogue entre Jésus et un docteur de la loi dans la parabole du Bon Samaritain m’est revenu en mémoire au courant de la nuit. Une des questions que je me suis posé est la suivante : « Pourquoi le prêtre et le lévite ne s’arrête pas pour aider l’homme blessé sur la route entre Jéricho et Jérusalem? » Je suis allé fouiller sur Internet pour une réponse et je suis tombé sur le site Web des Dominicains de France, Théobule, un site pour les enfants de 5-11 ans. Théobule est un petit chien en peluche et, dans une vidéo, il pose cette question à un des frère Dominicain qui lui répond que le prêtre et le lévite sont des hommes très occupés et pensent qu’ils n’ont pas le temps de s’arrêter. Ils craignent aussi que ce pourrait être dangereux de s’attarder sur une route où il y a des brigands. Des réponses bien « raisonnables ».

Si l’on posait la même question à un groupe d’adultes aujourd’hui au sujet de l’abandon de personnes blessées par la maladie, la fragilité, l’isolement et les pauvretés de toutes sortes, quelles seraient les réponses « raisonnables » qu’ils nous donneraient? Les mêmes sans doute et quelques autres en plus : « Je ne sais pas comment soigner ces blessures. Mes assurances ne me couvriraient pas si je le faisais. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Vaut mieux laisser le soin des blessés de la vie aux mains des professionnels et des institutions! »

Je me suis aussi posé une deuxième question : « Qui sont les blessés, les personnes malades à soigner dans le texte de Luc? » L’homme abandonné sur le bord de la route évidement. Mais peut-être aussi toutes les autres personnes dans le récit : le docteur de la loi qui demande à Jésus, « Qui est mon prochain? » et qui veut ainsi mettre des limites à la compassion; le prêtre et le lévite qui ont le cœur sclérosé au point de trouver « raisonnable » leur abandon d’un homme qui a besoin de leur aide; et aussi le Samaritain qui laisse son coeur être blessé par la situation et ne peut pas ne pas agir. Il y a sans doute un autre grand « blessé » dans ce texte : Jésus, qui voit tous les coeurs et les corps malades et qui veut les soigner.

Postscriptum: Après avoir publié cet article ce matin, un ami me signalait que dans l'hymne des Laudes de ce matin il y avait ceci:

Jésus, qui m'as brûlé le cœur
Au carrefour des Écritures,
Ne permets pas que leur blessure
En moi se ferme :
Tourne mes sens à l'intérieur.
Force mes pas à l'aventure,
Pour que le feu de ton bonheur
À d'autres prenne !

Il y a des blessures dont il ne faut jamais « guérir », entre autres, celle qui nous brise le cœur quand nous voyons un frère ou une sœur souffrir seule.

Tuesday, 13 April 2021

Le maître est là. Il t’appelle.

En parlant avec une amie dernièrement, je lui racontais un petit incident où j’avais cru discerner la délicatesse de Dieu, une de ces coïncidences qui arrivent au bon moment et qui ressemble à un clin d’œil rassurant du Seigneur qui murmure, « Ne crains pas, je suis là. » Mon amie m’a répondu, « Les coïncidences sont l’agir de Dieu quand il veut se faire discret. »

Il est vrai que le Seigneur est souvent très discret et qu’il faut faire silence autour de soi et en soi pour entendre sa voix. La plupart du temps, on ne se rend compte qu’il était là au milieu de notre quotidien qu’en se remémorant un événement qui, au premier abord, semblait bien ordinaire. Comme Moise, on ne voit normalement Dieu que de dos (Exode 33, 18-23). Ou encore, comme les disciples d’Emmaüs, ce n’est qu’après coup que l’on constate, « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Luc 24,32)

Occasionnellement, toutefois, le ciel s’ouvre et Dieu n’est plus du tout discret. Ce fut le cas quand Jésus fut baptisé au Jourdain, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » (Matthieu 3, 17) Ce fut aussi le cas quand il est apparu à Moise dans un buisson en feu et lui a dit, « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. » Quand il s’agit de manifester son amour pour son Fils bien-aimé ou quand il s’agit de venir en aide à ses enfants qui crient leur souffrance, Dieu ne veut plus être discret. Il fait éruption dans notre monde et agit à découvert.

Je crois que c’est ce qui se passe ici à Ottawa depuis quelque temps: les « coïncidences » se sont multipliées pour que deux formations SASMAD puissent avoir lieu; 26 personnes ont entendu un appel à suivre ses formations pour pouvoir ensuite accompagner des personnes malades et âgées à domicile; toute une communauté s’est mobilisée pour soutenir ce projet. Non, le Seigneur n’est pas du tout discret en ce moment. Je suis convaincu qu’il veut se faire reconnaître, non plus de dos, mais de face dans les personnes malades et âgées qui ont le plus souffert pendant cette pandémie.  « Le maître est là. Il t’appelle. » (Jean 11,28)


Sunday, 11 April 2021

He Was Lost and Has Been Found

Jesus was a masterful teacher. He knew how to bring people to understand the most profound truths by using simple, every day concrete examples: “Look at how yeast makes dough rise… Look at that wonderful old lady who just deposited a small coin in the collection box… Look at that farmer throwing seeds by the handful… Look at the lilies in the field and how they grow… Look at how a shepherd goes out looking for that one lost sheep…” He still does that today. As I read the scriptures, he will draw my attention to a detail in a passage, to a small event that occurred as he travelled from town to town, to a twist in one of his parables… For the last several months, I have felt him inviting me to look closely at the “good” thief crucified next to him.  

“Good” is an epithet that may not be quite suitable for this condemned criminal. He admits deserving the punishment he is getting. We don’t know the details of his crimes, but they must have been serious. He was a gangster, and we can easily imagine him on that dangerous stretch of road leading from Jericho to Jerusalem attacking travellers – like the one rescued by the “Good” Samaritan in the parable – and leaving them behind beaten and barely breathing. We also know from the Gospel of Matthew (27, 44) that both thieves crucified with Jesus, initially at least, insulted, and mocked Jesus.

I cannot but help wonder what could have happened to this hard-hearted man to bring him to eventually turn to Jesus before he died and say, “Remember me when you come into your Kingdom.” (Luke 23, 42) What follows is pure speculation, but could the “good” thief have seen something in Jesus’ eyes that he had never seen before. All his life he had been running from the law, from judgement, from condemnation and from rejection in a society that saw nothing good in him, nothing loveable, nothing of value. In the few hours he hung on a cross before his death, his gaze must have crossed that of Jesus several times and seen something else there: compassion. All his life, he had been afraid of being “found out” for what he felt he was, less than nothing, but in the eyes of Jesus he could only see the love of a father who welcomes his wayward son with open arms saying, “…he was lost and has been found.”